S trouble everyday
Merci Whiskymedia, on dirait un tirage de roulette comme de cartes...
Et mon fils le gitan.
Tu me retrouves toujours Kali.
Et je te laisse des traces, je fais confiance en ta lecture assidue plus qu'Hassidique donc.
J'aimerais que notre suivante rencontre se déroule comme le contact de ces deux papiers sales, qui se retrouvent enfin après la marche d'un mécanisme absurde.
Un temps de félicité donc.
X straight
Fond noir, en voix OFF l’on entend Christian Guillemet monologuer.
Départ bande son variation_son1.wav(durée 6mn46, fichier à refaire)
Pendant le monologue apparaît le titre et sous-titre en blanc sur fond noir.
Variation du Dogme
Ou « Un film Français virgule prétentieux »
" Q’est ce qu’il faut au début d’un film ?
Je veux dire qu’est ce qui signale au spectateur que le film a vraiment commencé, qu’il peut cesser de discuter avec son voisin pour regarder un film ?
La musique ? Le générique ?"
Débute une musique de générique.
"Une citation, ça fait toujours bien au début d’un film, une citation intelligente, ça rend le film attractif ! Comme celle de Lao Tseu (ou est ce Confucius ) au début du Cercle Rouge, avec Bourvil et Delon."
+ 37 secondes
Apparaît la citation de Bachelard.
« Loin de s’émerveiller, la pensée objective doit ironiser.
Sans cette vigilance malveillante, nous ne prendrons jamais une attitude vraiment objective. »
Gaston Bachelard
+ 5 secondes (42 s)
(...)
Voix OFF
" Même le titre semblait un peu prétentieux, je veux dire Variation du Dogme, comme une revendication d’association, de descendance d’avec Lars Von Triers, rien que çà c’était prétentieux...
Le postulat n’était pas inintéressant, bien sûr non. Cette idée que les gens n’écoute pas les autres, que si l’on place dans une pièce trois inconnus, ils se contenteront immanquablement d’essayer de démontrer à l’autre qui ils sont sans chercher à savoir qui est cet autre assis en face.
Mon évidence, ma grande découverte sur la nature humaine, découverte que je me devais de démontrer à mes contemporains, mais sous des atours conceptuels, culturels, et abscons bien sûrs. Pas de manière évidente, ni intelligible, ni trop simple.
Alors compliquer la tâche, mettre des tiroirs dans d’autres tiroirs.
Je voulais m’interroger sur la forme d’un film, à quoi le reconnaît on et comment le définit on, tout cela en détruisant les codes qui auraient constitués mon propre film.
Et je voulais m’interroger sur la question de l’identité aussi, comment la construit on et comment la définit on, avec comme éléments de réponse les comportements des gens filmés, montrés de manière brute, sans explications.
Mais finalement, surtout, je voulais faire un film expérimental.
Même si je n’étais pas sûr de vraiment savoir en quoi il était expérimental, je voulais faire un film expérimental.
Et pour être sûr qu’il le soit bien expérimental, qu’on ne puisse pas lui trouver quelques aspects qui ne le soit point, j’allais le faire sans musique, ni montage, ni script, sans même d’acteurs, mieux que Godard, tous le monde en seraient baba !"
(...)
" La première fois que j’ai dit à ma femme, la mère de mon fils, que je voulais faire un film sur l’incommunicabilité inhérente à la condition d’être humain, cela la fait rire.
Elle m’a dit « Tu veux faire un film sur l’incommunicabilité inhérente à ta condition oui ! »
C’était une boutade un peu rude, le genre de trait acide que seuls les personnes qui nous aime beaucoup peuvent se permettre ; mais j’ai immédiatement compris qu’elle avait raison.
Ce n’était pas tant l’humanité que j’allais observer que moi-même, et à travers moi l’humanité comprise dans son entièreté sans doute, je l’espérais en tt cas, maintenant que tout était booké, les annonces passée et le staff technique réservé.
J’aurais peut-être mieux fais de prendre rendez-vous avec ma thérapeute, je ne sais pas, pour lui reparler de ma famille.
Je suppose qu’elle vient de quelque part par là, la source de mon identité, en autres. L’état civil, les petits papiers, quand on meurt, quand on naît, des petits papiers toujours, les impôts, la maternité les petits papiers, même parties en fumée.
Mon père était un homme des bois contraint de vivre au sein d’une société citadine. Ca vous brise un poète la ville si l’on préfère allez cueillir les champignons plutôt que de souder un morceaux de métal avec un autre morceaux de métal.
Il aimait récupérer les choses, fouiller les poubelles, vendre du cuivre glané ici ou là.
De lui j’ai conservé quelques outils dont il se servait, et une bague et une montre qui appartenait à son propre père.
La conservation d’objet-symbole est une tradition sentimentaliste qui révèle un certain goût pour le romanesque.
L’on possède ces objets comme l’on possède son histoire, ces souvenirs sont preuves d’une filiation, d’une fondation de notre existence.
Ces choses là existe, j’existe dans cette histoire, pense t’on.
A la question, qu’est ce que je veux conserver de ma mère, je ne vois qu’un feu de joie triste
Nul objet, Nul bibelot, j’aurais tout brûlé même la colère.
J’avais un frère aussi. Mort aussi. Tous mort ces gens que j’aime.
Celui-ci, je l’ai répandu en cendres à Lacanau plage lorsque j’avais vingt ans.
Onze années plus tard j’y revenais sur cette plage, pour lui présenter son neveu, mon fils.
La mer s’est dressée devant nous, solide, fière et tenace, comme un hommage, le vent nous à cinglé du sable qu’il charriait et le ciel s’est couvert de pluie drue.
Il aurait fait beau ce jour là, et un vendeur de chouchou se serait promené sur la grève en chantant la Carioca que j’y aurais sans doute pareillement reconnu les signes d’une manifestation spirit.
(...)
Peut-être devient t’on adulte lorsque l’on cesse de penser à sa propre mort avec romantisme.
Cela fait partie d’un lot de grandes phrases philosophiques que je place aux hasards des conversations, tout épatées que je suis par la pertinence de mes propos.
Je les note d’ailleurs souvent afin que la postérité ne les égare pas dans un moment d’inattention, puisque la finitude des mes contemporains éclaire immanquablement ma propre et fugace existence du néon rose fluo de l’urgence.
Travailler, écrire, dormir, me baigner, aimer et faire l’amour, multipliez les expériences et les partenaires, artistiques et sexuels, laisser des traces à mon fils, être fier, être honorable, être libre, d’urgences.
Etre libre, être un homme libre. Et ce que, par paresse, je ne me permettais pas pour moi-même, chercher à le réaliser désormais pour lui, le fils, comme un encouragement pour son propre parcours de vie. Tout ça, en urgences. Partir loin, en Asie, en Amérique du Sud, revenir avec les pieds pourris peut-être, participer à un colloque, me masturber l’ego, participer à une excommunication, me masturber encore l’ego, construire une tente de sudation, une machine à orgone, me masturber.
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Mes contemporains, ce sont Barthes, Baudrillard, Bourdieu.
Je me reconnaît de leur communauté de penseurs et ressens d’autant plus l’isolement que rares sont ceux qui parviennent à créer en moi une émulation intellectuelle remarquable.
Je le regrette bien sûr, que ceux-ci, et Nietzsche, Léautaud, Céline, Césaire, Mailer et Miller, que tous soient mort sans moi et que je n’ai pus échanger avec eux les propos que j’invente, lorsque je suis à poil dans mon bain et que je pense à eux comme à des frères que je n’ai jamais vu.
Quelles trouvailles sociologiques, digne d’en tirer un grand roman, n’aurions nous pas découvertes par nos intelligences mêlées ?
Je ne peux que constater le gâchis que l’histoire de l’art et de la philosophie à produit en m’ôtant leurs présences, et à eux mon influence.
Toutefois je décèle une cohérence au fait que je succède à ces amis penseurs, sans qui le monde n’eut pas été capable d’appréhender ce que je viens annoncer : le long fracas de notre humanité contre le marteau de la machine sociale, les variations systémiques et structurelles que la pornographie, Internet, la mondialisation, le mythe terroriste, Nicolas Sarkozy et Ciné-Télé-Revue vont induire sur ce qui n’est déjà plus notre civilisation.
Et mes travaux, mes recherches de définition identitaire n’ont comme propos que de parvenir à détourer la physionomie de l’identité de notre civilisation, identité multiple, chimère schizophrénique, modelant un monde à son image : aux velléités humanistes internationales, hypocritement libertaires et paradoxalement intransigeantes envers la moindre nation qui ne se soumet pas aux canons occidentaux du Progrès.
Identité sourde, hurlante, exhibitionniste. La charria ulule dans les téléphones portables et les adolescentes sucent des queues devant leurs webcams.
Benoit XVI réintègre des évêques négationnistes tandis que les ours blancs se noient fautes de banquises.
C’est la crise, mais l’on consomme des papayes, l’on boit du thé vert en commentant l’élection d’un président noir, on aime la musique classique et le dernier des frères Cohen, bien sûr.
La vie est douce.
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Je voulais faire un film sur l’incommunicabilité inhérente à la qualité d’être humain, mais je me retrouve à me questionner sur ce que je suis.
Pourquoi, comment, et pourquoi ce que je suis ne communique pas, est muet avec ces visages, ces Autres.
Je ne sais pas quoi leur dire de moi, puisque je ne sais pas qui je suis.
Qui je suis.
La tentation est forte de dire : je suis ce que j’aime.
Ecrivains, artistes, ces préférences me définissent. Je fais partis de groupe de fans sur facebook, je suis l’ami d’untel sur myspace.
Je suis ce que je consomme culturellement, alimentairement, vestimentairement, télévisuellement, sexuellement.
Je suis la pornographie, le cheddar fondu, un costume trop grand d’Emmaüs, un décor de Hopper.
Je suis un manipulatueur, un rat d’ego et mon idéal de moi, c’est celui-ci, qui meurt toujours comme le chantait Léo.
J’ai pris son propos au premier degré à Léo : les poètes ça pue des pieds.
Et je revendique auprès de mon épouse une hygiène des pieds douteuse sous ce prétexte imparable qu’on ne lave pas la poésie.
Alors je voulais faire un film sur l’incommunicabilité, dut à l’ego qui se leurre et celui de l’autre avec.
Un film intimiste, qui mette les gens dans un état de mélancolie poétique ; qui mette les gens dans le même état que me met les films de Nanni Moretti.
J’aimais l’idée de faire un film à la Nanni Moretti, mais je n’avais pas de Vespa alors j’imaginais une scène à la place : en voix Off mon long monologue intérieur pendant que je fait la vaisselle.
Et la caméra filme mes mains dans la mousse et l’eau qui n’en finit pas de couler du robinet. Puis des scènes rapides qui coupent cette scène principale, des images tire larme écologistes et libertaire, en contraste avec le gâchis d’eau de vaisselle, le gâchis de nos vies d’eau de vaisselle ; peut-être cette célèbre photo de Nick Ut, d’une jeune vietnamienne nue hurlant dans la rue après un bombardement de Napalm.
Peut-être les mains de ma grand-mère, vieilles mains, que j’aime regarder comme s’il s’y trouvait la source de mes troubles, et que je pouvais en remonter le cours, en suivant les rives sinueuses de ces rides, comme au radeau et sans pagaies.
Ou bien je lirais ce texte sans eau de vaisselle ni apocalypse ni fantôme pour une fois, mais une fleur fragile qui tremblerait dans le vent, planté sur une dune, tenace, volontaire.
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Une étude objective de mes comportements amoureux nécessite la soustraction de l'émotionnel. C'est bien sûr chose compliqué voir impossible.
Je tente toutefois d'établir des schémas directeurs, de reconnaître les systématiques qui dirige mon cœur, ma tête, ma bite.
Toutes elles me séduisent dès lors que je décèle en elle cette faille, cette fragilité qui me rend doux, qui me fait me sentir tendre.
Alors je tombe amoureux comme l'on tombe d'une chaise, et cette tendresse m'envahit bientôt m'emprisonne, et le champ émotionnel se retrouve labouré, retournée comme une ivrogne dans un terrain vague.
Brune toxique ou blonde docile, typée t'es chinoise ou maghrébine mécréante, mystique ou intellectuelle, hanche fines ou bien larges, seins cyclopéens ou insectoïdes...
Toutes les nourrir de ce moi de fils de braconnier et de pute, séduisant, sensible, aux temps sensible que je suis, poète, petit prince et autres libres maximus de toutes réalité annihilante, pendant un mois, un an, un éon, c'est selon.
(...)
A TOURNER
Int. Jour
Café populaire de Bruxelles
S boit un chocolat chaud.





